Des histoires journalistiques et personnelles racontées en photos, en texte, pendant et au retour des mes voyages en Chine, au Viêt-Nam,... Certaines d'entre elles ont été publiées dans les journaux, magazines. D'autres sont inédites.
Minh-Quang s'est offusqué de mon voeu à propos des îles en mer de Chine, et il parle de “collabo” - mais avant de s'énerver, il serait bien avisé de méditer sur mes propos. Je vais faire un coup deux pierres et répondre en même temps à KCA :
1°) D'abord quelques éléments culturels et historiques
L'eau est un élément omniprésent au Vietnam, si bien que le mot qui désigne pays est “nuoc”. “Nuoc” possède une double signification en vietnamien : ça désigne à la fois “pays” et “l'eau”. La légende d'Au Co rattache la naissance du peuple vietnamien à l'eau et au feu. Les historiens considèrent que c'est la bataille à Bach Dang en 939 sous le règne de Ngô Quyên qui marque la vraie naissance du pays. Cette bataille a été menée sur l'eau. C'est dire l'importance de l'eau au Vietnam. Mais malgré l'abondance de cet élément dans la culture vietnamienne, il est étonnant que le Vietnam n'ait jamais pu développer une marine en haute mer avec suffisamment de force pour projeter toute l'économie vietnamienne vers le gigantesque espace maritime. Si la bataille de Bach Dang a été gagnée, c'est en partie grâce à un ingénieux stratagème transformant une bataille navale en bataille terrestre. Les Vietnamiens préfèrent conquérir lentement des terres vers le sud et vers l'est. Le fameux livre, “Vietnam, une longue histoire” de Nguyen Khac Vien, n'évoque pratiquement jamais la mer ou les questions maritimes. Nguyen Khac Vien n'a seulement évoqué un seul fait maritime : il s'agit de la bataille de deux navires de guerre français qui coulèrent cinq jonques de la flotte vietnamienne, à Da Nang en 1847. J'ai cité Nguyen Khac Vien, c'est un exemple révélateur d'un certain paradoxe vietnamien : toute la culture vietnamienne se rattache à l'eau, mais les Vietnamiens ne s'aventurent pas vers la mer.
Quant à l'Empire du Milieu, sa marine a atteint le sommet sous les Ming avec l'amiral Zheng He. C'est sans doute à partir de cette période que les Vietnamiens désignent les Chinois comme “Tau”, qui signifie “bateau”. Après cette période, les Chinois se sont repliés sur eux-mêmes. Le Vietnam s'est divisé en deux pays concurrents. A l'aide des Français, les Nguyen ont réussi à réunifier le pays. Vers les années 1802-20, Gia Long développa une puissante marine vietnamienne : 3 navires européens, 100 grandes galères avec canons, 500 petites galères armées de pierriers, 200 bateaux armés de 16 à 22 canons. Avec cette armarda, Gia Long lança des expéditions pour explorer les îles Paracels qu'il revendiquait pour son royaume. Sous le règne de Gia Long, les Vietnamiens faisaient du commerce avec Singapour et Malacca. Sous Minh Mang, la cour vietnamienne était plus préoccupée à conquérir un hinterland terrestre. Minh Mang n'a pas continué le travail de Gia Long. Quand les Français débarquèrent, le Vietnam ne disposait pas de force maritime pour rivaliser avec les vaisseaux français.
2°) L'irrédentisme insulaire du Vietnam
c'est le Vietnam du Sud qui pratique une politique d'irrédentisme insulaire. Avant 1974, Hanoi ne s'intéressait pas. Hanoi ne s'intéresse à cette question qu'après 1975. Il faut comprendre pourquoi ? L'explication de Courier diplomatique est une explication “bateau” et vulgaire. Les journalistes, qui doivent pondre quelque chose au quotidien, n'a pas le temps de s'intéresser à la question en profondeur. Ils se contentent des explications faciles. Le Vietnam et la Chine s'intéressent déjà à cette question, bien avant qu'on ne parle de “pétrole”. Comme pour le Vietnam et la Chine, il s'agit avant tout d'un problème politique et d'un problème de légitimité. Sous le régime de Saigon, la marine sud-vietnamienne n'obtint que très peu de respect de la part des États-Unis. Les Américains estimèrent que la marine sud-vietnamienne “incapable”. Pour pallier à sa faiblesse navale et pour renforcer sa légitimité, Saigon s'engageait dans l'irrédentisme insulaire et maritime. Cela a coûté cher pour une efficacité nulle ! Au lieu de défendre et développer le pays, Saigon dépense dans le vide. Quand le Vietnam du Nord a réunifié le pays, il est obligé de pratiquer la même politique, dans le même but de renforcer la légitimité politique.
Mais disons-le clairement : le Vietnam est en train de gaspiller ses ressources, exactement comme le Vietnam du Sud. Pourquoi ? Et bien parce qu'il n'est pas sûr que la loi internationale permette aux différents pays d'utiliser les îles aussi petites que les Spratleys pour revendiquer des espaces aussi larges que 12 milles marins. Aux alentours, les pécheurs ont déjà chassé les dernières tortues. L'habitat des derniers poissons et des oiseaux est en train d'être complètement détruit. Donc au niveau pêche, les îles ne représentent aucun intérêt. Les pays, qui posséderont ces îles, devront même dépenser pour préserver l'écologie.
Quant à la richesse du pétrole, ce n'est que de la poudre aux yeux basée sur une estimation.
En considérant les difficultés dans ce monde marin, les experts ne tablent que seulement 10%ne des réserves peuvent être exploités. De plus tant que le conflit persiste entre différents pays, aucune entreprise n'ose s'aventurer trop près. En cas de guerre, elle a tout à perdre.
La marine vietnamienne a besoin d'être modernisée. La base de Cam Ranh est en piteux état. Au lieu de se lancer dans une politique coûteuse d'irrédentisme, le Vietnam a d'autre chats à fouetter. Il n'y a pas 36 solutions en ce qui concerne les problèmes de ces îles. Il faut d'abord préserver la paix, sans laquelle aucune condition de développement n'est possible. Il faut savoir abondonner la souveraineté et le nationalisme, pour développer une politique coopération entre différents pays, à fin de protéger les ressources maritimes en mer de Chine. Seule une souveraineté partagée entre plusieurs pays permet d'attirer les investisseurs.



